Henry Bauchau…

by SF

photo©Le Figaro

…est mort !

L’auteur du Boulevard périphérique, Prix du livre Inter en 2008, aurait eu cent ans en janvier prochain. Son prochain livre paraîtra en octobre aux éditions Actes Sud.

Henry Bauchau aurait eu 100 ans le 22 janvier prochain. Il s’est éteint dans la nuit de jeudi à vendredi, pendant qu’il dormait, dans la grande maison où il vivait retiré, à l’orée des bois de Louveciennes. Malgré son âge et la fatigue de son long corps usé, il continuait à écrire, non pour meubler ses vieux jours mais parce qu’il était habité d’une flamme qui le dévorait. C’était un écrivain à l’écoute de «la voie intérieure». Il disait qu’il était «de ceux qui n’ont réponse à rien», mais toute au long de sa vie il a cherché, et tenté de mettre en lumière les forces contraires qui déchirent l’être humain entre ténèbres et lumière.

Il y a moins d’un an, il avait publié un très beau roman autobiographique,L’enfant rieur(Actes Sud) qui racontait son enfance et sa jeunesse en Belgique, où il est né en 1913. La Belgique fut occupée par les Allemands entre 1914 et 1918. La petite enfance d’Henry Bauchau baigna dans cette humiliation. Sa jeunesse bourgeoise se confond avec les années 1930, le pressentiment du désastre et l’effroi qu’il ressentait devant Hitler: «Personne ne semblait comprendre l’importance de ce nouveau phénomène démoniaque», écrit-il. Ce jeune bourgeois, proche des mouvements d’Action catholique, était, en fait, un écorché vif qui cherchait des certitudes pour se prémunir contre un sentiment d’absurdité.

Univers intérieur labouré

Après avoir été démobilisé, en juin 1940, il devient responsable du Service des volontaires du travail pour la Wallonie avant de rejoindre la Résistance armée en juin 1943. Il sera néanmoins soupçonné de collusion avec l’ennemi à la Libération, puis acquitté par le tribunal militaire. Blessé par ces accusations, il part vivre en Suisse puis en France. C’est là qu’en 1947, il entreprend une psychanalyse avec Blanche Jouve la femme de l’écrivain. Une étape décisive. Tout son univers intérieur, expliquait-il, a été labouré, transformé par l’exploration de l’inconscient et des terres inconnues de son être. Il découvre une façon plus spirituelle de voir la vie. Son nouveau livre, qui paraîtra fin octobre aux éditions Actes Sud, est consacré à Blanche et Pierre Jean Jouve. Il deviendra à son tour psychanalyste, un métier qu’il exerça jusqu’à près de 90 ans.

Il n’a publié son premier ouvrage qu’à l’âge de 45 ans – des poèmes – puis une pièce de théâtre, Gengis Kahn, qui fut mise en scène par Ariane Mouchkine. Ses premiers romans La DéchirureLe Régiment noir paraîtront chez Gallimard et le feront remarquer. En 1990, il commence la publication de son cycle mythologique avec Œdipe sur la route qui s’achève en 1997 avec un magnifique Antigone. Ses récits sont vibrants de sacré païen et en quête de divin, traversés de souffrances intérieures mais assoiffé de paix. Le Boulevard périphérique, roman qui lui valut le Prix du Livre Inter en 2008, s’achève sur le passage de la Bible où le prophète Élie, après avoir cherché à entendre la voix de Dieu dans le vent puissant, les tremblements de terre et dans le feu, la perçoit dans «le bruissement d’un silence ténu».

Son dernier recueil de poèmes paru à l’automne dernier, s’intitulait Tentatives de Louange. Un saisissant résumé de la vie et de l’œuvre d’Henry Bauchau…

[par Le Figaro]